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lundi 15 août 2016

Les traducteurs qui venaient du froid

J'en avais tellement marre de m'indigner contre les mauvaises traductions littéraires de l'anglais que j'avais décidé tout bonnement de ne plus en lire.

Il y a quelques jours, j'ai récupéré deux "Bouquins" (collection Robert Laffont) qui regroupent dix romans de John Le Carré. J'ai ainsi entamé la lecture de L'espion qui venait du froid.

A ma grande surprise, je n'ai pour ainsi dire rien trouvé à reprocher aux traducteurs. Il s'agit de Henri Robillot et de Marcel Duhamel.

Marcel Duhamel est connu pour avoir créé et dirigé la Série noire de Gallimard.


5 commentaires:

  1. Je me permets de reproduire un commentaire que j'avais posté en mars 2016 sur un blog, à propos de The Spy who Came in from the Cold:

    "Dans ces quelques lignes que vous citez, il y a deux énormes erreurs de traduction: "be out in the cold" signifie "être exclu » ( et non pas « être sur la brèche ») et « come in from the cold » signifie « rentrer en grâce » et non pas « venir du froid ». Des erreurs franchement inadmissibles. Il y en a d’autres dans ce roman.
    Bon nombre d’autres traductions (comme celle de FINDERS KEEPERS de Stephen King) sont truffées d’erreurs, inexactitudes, lourdeurs, etc. ce qui ne peut que desservir les auteurs des romans."

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    1. Le fait est que je n'ai pas l'original devant les yeux. D'autre part, je savais que le titre avait été mal traduit. Quand le livre est sorti, je pensais qu'il était question d'un espion provenant de la froide Russie.

      Je ne repère que les erreurs flagrantes, comme dans America de T. C. Boyle : "Il était engrossé dans ses pensées."

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  2. En effet, il faut avoir l’original sous la main afin de suivre la VO et la VF en même temps. Je suis parfois vraiment étonné des erreurs de traduction qui 1. n’auraient pas dues être commises et 2. auraient dues être repérées par le correcteur et l’éditeur de « grandes maisons d’édition. » . « Engrossé dans ses pensées » est grotesque. Un traducteur digne de ce nom ne se serait pas fait piéger par ce faux ami et n’aurait jamais écrit une telle absurdité.

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  3. Il n'y a pas très longtemps j'ai lu une traduction d'un des livres de John Grisham, je ne sais plus lequel, mais c'était tellement lourd que cela a carrément enlevé tout plaisir de lire cet auteur, qui écrit pourtant très bien et où l'on apprend souvent des choses. Ce n'était même pas le système juridique américain qui était mal-mené, mais des phrases, de la conversation, où l'on sentait la calque du français.

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  4. La traduction de Marcel Duhamel et Henri Robillot n'est pas très bonne.

    The Spy Who Came in from the Cold, fut co-traduit par Marcel Duhamel et Henri Robillot, grand artisan de la diffusion de la science-fiction et du roman noir en France, toujours chez Gallimard, dans la collection « Le Livre du Jour », sous le titre L’Espion qui venait du froid, en 1964. Ces premières traductions portaient la marque d’un style nerveux, expressif, parfois libre — fidèle à la tradition de traduction-adaptation alors en vigueur, à la recherche également d’une efficacité dramatique. Henri Robillot pour le « mot à mot », et Marcel Duhamel, le fondateur de la Série Noire, pour le « muscle » (ils ont par ailleurs également co-signé la Pléiade d’Hemingway).

    Mais quand on se réfère à l’original, quelque chose s’est perdu en chemin. Ce qui marchait bien avec les écrivains américains de roman noir Dashiell Hammett — traduit par Henri Robillot — ou Jim Thom­son — traduit par Marcel Duhamel — fonctionne moins bien avec John le Carré — peut-être parce que David Cornwell, de son vrai nom, est anglais et que son style repose sur une minuscule mais infinie distance — ce à quoi on peut résumer l’humour sans rien lui enlever.

    L’analyse de la traduction française de 1964 révèle plusieurs points intéressants. Elle souffre d’erreurs de traduction, d’imprécisions tech­niques et d’un vocabulaire qui a pris un sérieux coup de vieux. (sans compter les caviardages violents !!)

    La traduction de 1964 utilise souvent un argot ou des expressions aujourd’hui très marquées par leur époque, qui deviennent presque comiques pour le lecteur contemporain. En voici quelques exemples notables dans le premier chapitre : you’ve been damn’ good devient ainsi vous avez été bougrement chic, one doing the talking se voit traduit en l’un d’eux tenait le crachoir, they cheat you as well devient le très vieilli ils se paient votre fiole, jacket devient vareuse, et I’m sorry I bawled you out devient Excusez-moi de vous avoir houspillé. À noter la très libre, familière et savoureuse traduction de bed time par Coucouche panier.

    Par moments, la traduction de 1964 empreinte un lexique très marqué argot littéraire des années 50–60, aujourd’hui perçu soit comme carica­tural, soit comme inutilement pittoresque. Le texte bascule vers Michel Audiard, loin de John le Carré.

    En résumé, la traduction française de 1964, bien qu’historique et pionnière, montre ses limites quand on la confronte au texte original. Elle souffre d’erreurs, d’omissions, d’un vocabulaire daté et d’un style parfois trop libre qui trahit l’esprit subtil de John le Carré. C’est une traduction qui a vieilli, et qui appelle aujourd’hui une révision atten­tive pour restituer pleinement la richesse et la complexité de l’œuvre originale.

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