dimanche 29 août 2010

L'entente cordiale entre l'anglais et le français de nos jours

Le présent billet est la version française d'un article rédigé par Jonathan Goldberg et publié vendredi dernier sur ce blog.

L'amélioration des relations entre la France et les deux principaux pays anglo-saxons, les Etats-Unis et le Royaume-Uni, ressort sans doute le plus clairement du fait que l'on n'utilise presque plus certains mots et expressions quelque peu francophobes, ainsi que des mots et tours peu flatteurs pour les anglophones. L'expression Pardon my French (littéralement "Ne m'en veuillez pas pour mon français") était autrefois couramment utilisée dans le sens "Ne m'en veuillez pas d'utiliser une expression grossière". Ainsi, dans un film américain de 1986, Ferris Bueller’s Day Off, un personnage dit à un autre "Pardon my French, but you're an asshole." (Excusez-moi d'utiliser une expression vulgaire, mais vous êtes un trou du cul.)

Parmi les autres expressions peu charitables pour les Français qui étaient autrefois utilisées en anglais, on peut citer French letter (préservatif), French disease (herpès génital) et French postcards (images pornographiques). To take French leave signifiait... filer à l'anglaise (partir sans prendre congé de son hôte). Cette expression signifie aussi "s'absenter sans permission" dans le cas d'un militaire.

Pour sa part, le lexique français comporte des termes assez désobligeants pour les Anglo-Saxons :

capote anglaise 


éducation anglaise (fessée vue sous un angle sexuel) 


 filer ȧ l’anglaise


Bien que la Guerre de cent ans se soit terminée il y a plus de 500 ans et que l'Entente cordiale ait en principe mis fin à un millénaire de conflits ente les deux pays, des rivalités et des griefs continuent à couver et s'expriment en période de tension. Même lorsque le Royaume-Uni et la France étaient des alliés entièrement solidaires pendant la Seconde Guerre mondiale, il existait une tension manifeste entre leur dirigeants, Churchill et de Gaulle. Ce dernier déclara un jour : “Quand j'ai raison, je me fâche. Churchill se fâche quand il a tort. De ce fait, nous étions souvent fâchés l'un contre l'autre." Churchill n'était pas en reste : “De toutes les croix que je dois porter, la plus lourde est la Croix de Lorraine."

Cette rivalité porte parfois sur les langues française et anglaise. Le président Sarkozy défend souvent la place du français et demande aux représentants de la France de ne pas employer l'anglais. (Cela se comprend si l'on se souvient que le français était la lingua franca de la diplomatie du XVIIe au XIXe siècle, et de la littérature européenne au XVIIIe siècle. Environ 60 entités de quelque 30 pays appartiennent à la communauté francophone. Plus de 200 millions de personnes parlent le français dans le monde.) Gérard Araud, l'ambassadeur de la France auprès de l'ONU a pris très au sérieux la consigne de Nicolas Sarkozy. Il s'est en effet un peu énervé lorsque les techniciens de l'ONU n'ont pas été en mesure de fournir des casques d'écoute à des journalistes, en vue d'assurer une interprétation simultanée lors d'un point de presse. L'ambassadeur a frappé la table des mains, a croisé les bras et s'est mis à tambouriner des doigts sur la table. Lorsque les journalistes ont suggéré qu'il s'exprime en anglais, il a d'abord refusé, alors que c'est une langue qu'il parle bien. "Je ne commence pas en anglais. Un point c'est tout", a-t-il déclaré en anglais. "C'est tout simplement inacceptable", a-t-il poursuivi en français. Quand il est devenu clair qu'aucun casque d'écoute n'était disponible, M. Araud s'est rasséréné et a accepté de répondre en anglais aux journalistes anglophones et en français aux francophones.


Bien que le président Sarkozy soit un défenseur farouche du français face à un anglais envahissant, il utilise parfois des expressions françaises familières qui feraient se retourner Victor Hugo dans sa tombe*. Le Monde l'a critiqué à la suite de deux incidents publics lors desquels il a utilisé des termes que Molière n'aurait sans doute pas approuvés, dans un article intitulé Après "casse-toi pauv' con", le "fais pas le malin, toi".

"Casse-toi pauv' con" pourrait être traduit en anglais par “Beat it, asshole”, ou “Piss off, you loser” [ou “you jerk”] ou “butt out, meathead”. Pour "fais pas le malin, toi" on peut proposer don’t be a smart-arse* (anglais britannique) ou smart ass** (anglais américain), ou encore wise-guy; en outre, le tutoiement accentue encore le manque de respect.

Un humoriste de la Radio suisse romande a réalisé une vidéo dans laquelle il imite les présidents de Gaulle, Giscard d’Estaing, Francois Mitterand et Jacques Chirac utilisant des expressions similaires.

http://www.youtube.com/watch?v=W9imTYHPo5U

Pour terminer ce billet en rappelant les hauts faits de la langue française, relevons que le premier lauréat du prix Nobel de littérature fut le Français Sully Prudhomme en 1901.


Sully Prudhomme

Ce n'est que six ans plus tard que le même prix fut remporté par un Anglais, Rudyard Kipling. Le premier Américain à obtenir cet honneur fut Sinclair Lewis, en 1930.

La beauté du français est illustrée, pour les amateurs de rap, par “RAP la beauté de la langue française”.

http://www.dailymotion.com/video/xj2vj_rap-la-beaute-de-la-langue-francai_music

Sarkozy briguera peut-être un second mandat en 2012. S'il est battu, il pourrait créer une version française de Don’t Say Goodbye, qu'il pourrait chanter en duo avec Carla lorsqu'il abandonnera la politique.

http://www.youtube.com/watch?v=cGRvDmljNUU&feature=search

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* Pour un autre éclairage de la façon de s'exprimer de Sarkozy, voir « Sarkozy mot à mot – La Rhétorique du President »

** Smart arse ou smart ass» est une version vulgaire de Smart Alec, c'est-à-dire un je-sais-tout satisfait de lui, un petit malin. Selon une théorie, cette expression doit être rapprochée du nom d'Alec Hoag, un escroc new-yorkais. Selon une autre, Smart Alec fait partie d'une série d'expressions, telle que Clever Dick, qui sont utilisées pour désigner des personnes vaniteuses, persuadées d'avoir toujours raison ou qui étalent leurs connaissances de façon irritante.

Sources :

That Sweet Enemy: The French and the British… par Robert Tombs and Isabelle Tombs

De Gaulle et Churchill by Francois Kersaudy

Encyclopedia of Word and Phrase Origins by Robert Hendrickson

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