jeudi 9 juin 2011

L’édition 2011 du championnat d’orthographe des Etats-Unis a été remportéé par une Américaine d’origine indienne pour la quatrième année consécutive

Le présent billet est la traduction de l'article de Jonathan Goldberg qui a été publié hier sur ce blog.

Certaines langues, comme l'espagnol, s'écrivent comme elles se prononcent. Ce n'est pas le cas d'autres, telles que l'anglais ou le français. Si l'on présentait à une personne qui connaît très mal l'espagnol un texte rédigé dans cette langue, qu'elle ne comprendrait évidemment pas, et si elle le lisait à haute voix, les sons qu'elle produirait seraient dans l'ensemble compréhensibles pour un locuteur espagnol (si ce n'est que l'accent risquerait d'être mal placé dans le cas d'un grand nombre de mots). Il n'en serait pas de même pour le français notamment parce que dans un grand nombre de mots la dernière lettre ne se prononce pas (toit, aux, quand, janvier, etc.) ou que, dans certains cas, la dernière syllabe est muette (assurent, veille, fesses, etc.). En anglais, l'écart entre la prononciation des mots et leur orthographe est encore beaucoup plus important.

Le dramaturge irlandais George Bernard Shaw aurait dit, par boutade, que le mot "fish" pourrait s'écrire "ghoti" si l'on utilise les lettres "gh" telles qu'elle sont prononcée dans le mot "enough", la lettre "o" telle qu'elle est prononcée dans le mot "women" et les lettres "ti" telles qu'elles sont prononcées dans le mot "action". En fait, ce raisonnement facétieux ne serait pas dû à Shaw et aurait en outre été réfuté. Dans la Language Column du New York Times datée du 27 juin 2010, le linguiste Ben Zimmer examine cette question et conclut comme suit : “La plupart des gens qui verraient le mot ghoti le prononceraient simplement goaty… On ne peut pas tout se permettre en anglais”.

Le grand nombre d'orthographes irrégulières en anglais et la grande étendue du vocabulaire de cette langue (même si un très grand nombre de mots sont rarement utilisés) est à l'origine d'une tradition américaine : le championnat d'orthographe (spelling bee, en anglais). Le Collins English Dictionary, Complete and Unabridged, définit spelling bee comme suit : a contest in which players are required to spell words according to orthographic conventions (une compétition au cours de laquelle les joueurs doivent épeler des mots conformément aux conventions typographiques). Pour connaître l'origine de cette expression, cliquez sur ce lien. Noah Webster (1758-1843) écrivit le premier dictionnaire d'orthographe en 1783. Son titre initial était The First Part of the Grammatical Institute of the English Language. De son vivant, pas moins de 385 éditions furent publiées et le titre de l'ouvrage devint, en 1786, The American Spelling Book et, en 1829, The Elementary Spelling Book. Il s'agissait du livre américain qui eut le plus de succès à son époque ; en 1837, 15 millions d'exemplaires avaient été vendus et le chiffre atteint environ 60 million en 1890, de sorte que la majorité des élèves et des étudiants consultèrent ce livre pendant le premier siècle d'existence de la nation américaine. Pour mieux connaître le rôle de Webster dans l'évolution de l'anglais aux Etats-Unis, vous pouvez vous reporter à l'article de Wikipedia consacré à Noah Webster.

Le championnat national d'orthographe des Etats-Unis se déroule chaque année à Washington depuis 1945. L'âge des participants va de 8 à 15 ans, mais 80 % d'entre eux sont âgés de 12 à 14 ans. Chaque participant doit épeler un mot et peut demander des informations à son sujet, par exemple son origine, une définition ou une phrase contenant le mot. A la première erreur, le participant est éliminé.

Ces dernières années, une proportion importante des participants et des vainqueurs des différentes années était d'origine asiatique.  En 2010, sur les 273 participants, 21 avaient une première langue autre que l'anglais. La personne chargée de donner lecture des mots, Jacques A. Bailly, parle couramment le français et l'allemand, et enseigne le grec classique et le latin.

En 2011, le championnat a été remporté par Sukanya Roy, la quatrième Américaine d'origine indienne à s'être imposée ces quatre dernières années et la neuvième lors des 13 derniers championnats. Elle est repartie avec la coupe, un prix de 41 000 dollars, des bons du Trésor d'une valeur de 2 500 dollars, un jeu complet d'ouvrages de référence, une bourse d'études d'un montant de 5 000 dollars et d'autres prix.

http://www.youtube.com/watch?v=Y6znhxoqiYc

En finale, elle a épelé correctement cymotrichous, qui signifie "aux cheveux ondulés".

Sukanya Roy

Sukanya Roy

Lors des championnats les plus récents, les mots qui ont permis aux gagnants de remporter la victoire ont été stromhur, pococurante, autochthonous, appoggiatura, ursprache, serrefine, guerdon et Laodicean.

La vidéo ci-après montre Sameer Mishra, âgée de 13 ans, qui épelle correctement le mot numnah, autre mot pour numdah, qui désigne un feutre grossier, et une selle de cheval ou un tapis brodé fabriqué dans cette matière. 

http://www.youtube.com/watch?v=VjzrNWPul9E

Un compte rendu détaillé du championnat de 2010 se trouve à l'adresse http://www.spellingbee.com/. Vous pouvez vérifier vos compétences en examinant les mots du championnat de 2009 ci-après : http://www.spellingbee.com/sample-test

Dans un livre très intéressant, intitulé American Bee: The National Spelling Bee and the Culture of Word Nerds, l'auteur, James Maguire, suit les participants du championnat de 2005, qui se préparent aux éliminatoires, en lisant des dictionnaires et en étudiant l'étymologie.

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