lundi 19 décembre 2011

Dictionaries: A Very Short Introduction, par Lynda Mugglestone (Oxford University Press, 2011)


En moins de 150 pages, Lynda Mugglestone fait le tour de la lexicographie, qui est l’art d’établir des dictionnaires.

Dans le premier chapitre, elle définit la fonction du dictionnaire. Celui-ci ne se borne pas à cerner le sens des mots, mais indique aussi leur prononciation, leur origine, leur étymologie, leur nature grammaticale, les variations qu’ils subissent (conjugaison, pluriel, etc.), leur usage et leur registre. Ouvrage utilitaire, le dictionnaire ne se lit pas, mais se consulte.

La définition revêt différentes formes. L’auteur établit une distinction entre les définitions classiques, elliptiques, destinées aux locuteurs natifs, et les définitions qui prennent la forme de phrases complètes, destinées aux apprenants.

L’auteur aurait pu illustrer la définition classique, par exemple en reprenant  l’article de l’Oxford Concise Dictionary consacré au verbe expel : « 1 force or drive out. 2 force (a pupil) to leave a school. » On remarque que la première définition est peu explicite et que la seconde l’est davantage parce qu’elle a recours à un cooccurrent (a pupil). En revanche, les définitions du Collins COBUILD Dictionary sont concrètes : « 1 If someone is expelled from a school or organization, they are officially told to leave because they have behaved badly. […] » Pour comprendre les définitions de l’Oxford, il faut déjà connaître le sens du mot.

Dans le deuxième chapitre, l’auteur retrace l’histoire du dictionnaire, qui se présentait sous la forme de tablettes d’argile à Sumer, 2000 ans avant notre ère. Le support devint ensuite le manuscrit, l’ouvrage imprimé, le CD-Rom, le Web, l’application sur le téléphone intelligent et,  juste retour des choses, la tablette… numérique.

L’auteur présente ensuite la démarche prescriptive (« comment il faut s’exprimer ») et la démarche descriptive (« comment l’on s’exprime »). La première est privilégiée par l’Académie française, dont le premier dictionnaire est publié en 1694, tandis que Samuel Johnson (1755) considère que si les académies publient des versions successives de leurs dictionnaires, c’est parce que la langue évolue.

Johnson se fondait sur des textes et en présentait des extraits à titre d’illustration. Pour leur part, les lexicographes modernes utilisent des corpus de textes informatisés et ne sont plus uniquement tributaires de lectures dont la nature ne reflète pas nécessairement la langue prise dans sa totalité. Cependant, j’estime que, s’il est commode de définir un terme en recourant à une liste d’exemples, la lecture de textes divers, au cours de laquelle les mots surgissent de façon aléatoire, oblige le lexicographe à remettre constamment son ouvrage sur le métier, alors que l’utilisateur de corpus rédige son article une fois pour toutes.

Dans le troisième chapitre, consacré aux techniques du lexicographe, l’auteur aborde la structure des dictionnaires, l’influence des dictionnaires les uns sur les autres (qui peut aller jusqu’au plagiat), la méthode de travail de Samuel Johnson, l’aide offerte par les corpus.

Les chapitres 4 et 5 portent notamment sur l’autorité du dictionnaire et la validité des définitions. Ces dernières évoluent avec les mœurs et les idées du temps.

Le dernier chapitre envisage l’avenir. Le dictionnaire n’est plus toujours un livre et est souvent offert gratuitement sur le Web. Dans ce cas, il peut être le fruit d’un travail collectif d’auteurs qui ne sont pas lexicographes (Urban Dictionary, par exemple). Par ailleurs, des dictionnaires sont inclus dans des logiciels de traitement de texte et des liseuses.

En conclusion, ce livre est une riche source d’informations sur le thème du dictionnaire. On y apprend par exemple qu’un dictionnaire néerlandais compte 43 volumes, que plus de 30 000 tablettes d’un dictionnaire sumérien ont été conservées et qu’un dictionnaire latin-français du XVe siècle comptait plus de 45 000 entrées. Les 16 illustrations ne manquent pas non plus d’intérêt : l’une d’elles reproduit une page des épreuves de la première édition de l’Oxford English Dictionary.

2 commentaires:

  1. En effet, cela a du être très intéressant comme livre pour vous! Vous vous-êtes trouvé dans les techniques, la structure etc?

    RépondreSupprimer
  2. Ce livre ne met pas en évidence le caractère collectif de la plupart des dictionnaires. Cela présente des inconvénients, notamment un manque de cohérence. Voici comment le Petit Robert définit chien et chat :

    chien : Mammifère (carnivores; canidés) issu du loup, dont l'homme a domestiqué et sélectionné par hybridation de nombreuses races.

    chat : Petit mammifère familier à poil doux, aux yeux oblongs et brillants, à oreilles triangulaires et griffes rétractiles, qui est un animal de compagnie.

    Dans mon Dictionnaire de la santé et du médical, j'ai veillé à ce que les définitions de maladie, par exemple, suivent toutes un même schéma.

    RépondreSupprimer