vendredi 30 septembre 2011

Saint-Jérôme


À l’occasion de la Saint-Jérôme, je présente ci-après la traduction en allemand et en français de l’incipit de La faim de Knut Hamsun (traduit en français par Georges Sautreau). En guise de prélude, examinons d’abord le titre.
Sult
Hunger
La faim
On a dit qu’une meilleure traduction du titre aurait été « Faim ». Elle aurait certainement été plus percutante.
Plus généralement, il y a une différence, en français, entre certains titres selon qu’ils comprennent ou nom un article. Ainsi, un ouvrage intitulé La Convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales est un traité relatif à ladite convention, tandis qu’un ouvrage dont le titre est Convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales se borne à reproduire le texte de cette convention. La différence est d’importance, mais souvent non perçue.  
Det var in den tid jeg gik omkring og sultet i Kristiania, denne forunderlige by som ingen forlater førhan har fåt mærker af den....
Es war in jener Zeit, als ich in Kristiania umherging und hungerte, in dieser selsamer Stadt, die keiner verläst, ehe er von ihr gezeichnet worden ist...
C’était au temps où j’errais, la faim au ventre, dans Christiania, cette ville singulière que nul ne quitte avant qu’elle lui ait imprimé sa marque...
Le français « la faim au ventre », expression qui remplace un verbe avec bonheur, est plus imagé que l’original. À part cela, la construction française est plus proche de l’original que l’allemand, qui doit placer « in Kristiania » avant les verbes et donc répéter la préposition « in ».
Oslo devint Christiania sous le règne de Christian IV, lorsque la ville fut reconstruite après un incendie en 1624. L’orthographe Kristiania date de 1877. Christiania est redevenue Oslo en 1925. L’orthographe française a retenu la graphie ancienne. La faim date de 1890.
Soit dit en passant, il serait intéressant de définir la date à laquelle on a cessé de « traduire » ou d’adapter les noms de lieu.
Le traducteur français suggère, avec « errer », que le narrateur circulait sans but dans la ville. Il améliore ainsi l’original et se signale ainsi comme cibliste. La lecture du roman confirme cette errance. Par exemple : « Quand on ferma la porte du cimetière, j’aurais dû rentrer tout droit chez moi, mais j’errai encore quelque temps. »
En ce qui concerne le dernier membre de phrase, il y avait également moyen d’améliorer l’original, car ce que voulait en fait dire l’auteur, c’est que Christiania laissait sa marque sur toute personne qui y séjournait et non qu’il fallait attendre d’avoir cette marque avant de pouvoir s’en aller. Cependant, il y a des limites que le traducteur ne peut franchir. Après tout, l’écrivain est l’auteur de l’original et non le traducteur.

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