dimanche 7 février 2016

Tom (version française)

Le présent billet est la traduction d'un article rédigé en anglais par Jacquie Bridonneau et qui a été publié il y a quelques jours sur ce blog.

Le moment venu, vous pourrez découvrir les autres traductions envisagées, des explications relatives à celles qui ont été retenues, et les principes de traduction mis en œuvre. Vous êtes donc invité à présenter vos commentaires, dont il sera tenu compte.

Jeudi, mon petit cousin Tom est mort. Voilà qui semble brutal, n’est-ce pas ? Il est mort. Il nous a quittés. Mon petit cousin l’a fait sans avertir personne que quelque chose ne tournait pas rond. Comment a-t-il pu nous jouer ce mauvais tour ? Comment a-t-il pu jouer ce mauvais tour à sa femme et à sa fille ? Bien sûr, j’imagine que ce n’était pas planifié ; il est « décédé inopinément », comme on le lit dans la rubrique nécrologique. Mais quand même.

Quand je parle de mon petit cousin, je veux seulement dire qu’il avait environ un an et demi de moins que moi ; pour moi donc, il était mon petit cousin. Il n’était plus si petit ; il avait célébré son soixante-quatrième anniversaire il y a moins de deux semaines, mais cela ne fait pas vraiment de différence, n’est-ce pas ? Alors qu’il revenait du travail et allait rechercher son chien à la garderie de jour, il a dû arrêter sa voiture à la suite d’une crise cardiaque ou d’une embolie, personne ne sait au juste ce qui s’est passé. Quelqu’un s’est aperçu de son malaise et a appelé les secours, mais c’était trop tard. Au moins, c’est allé vite, mais je suis sûre que ces dernières secondes ou minutes n’en ont pas été moins terrifiantes pour lui.

Quand je pense à Tom, je pense à nous quand nous étions de petits enfants, ma sœur, moi, Tom et son frère. Ils vivaient à quelques maisons de chez nous, nous fréquentions la même école, et Tom et ma sœur était dans la même classe. Tant de moments dignes d’être fixés sur la pellicule restent gravés dans ma mémoire : réveillons de Noël, fêtes d’anniversaire et autres réunions familiales. Des moments typiques pour une famille américaine de la classe moyenne, mais de ceux qui forgent la personnalité pour la vie. Des moments ordinaires, qui n’ont rien de très remarquables, mais qui font partie de l’existence. Et il en est maintenant privé. Mais personne n’oublie de tels moments : ils font autant partie de nous que les jambes grâce auxquelles nous marchons ou les oreilles qui nous permettent d’entendre ; vous voyez ce que je veux dire.

Bien sûr, je n’ai pu assister aux obsèques, car je vis en France, mais ma mère m’a dit qu’il y avait foule et le pasteur a prononcé un très beau discours. Il a dit quelque chose qu’elle n’avait encore jamais entendu : quand un bébé quitte le ventre de sa mère pour faire son entrée dans le monde, il meurt en un lieu pour naître ailleurs. De même, quand une personne meurt, elle quitte la vie ici-bas pour renaître au ciel. Cela m’a fait penser à tous ces migrants qui quittent — fuient est le mot approprié, je suppose — leur vie en Syrie et en Irak, dans l’espoir d’une vie nouvelle ici en Europe, car il s’agit pour eux aussi d’une renaissance. Leurs souvenirs, bons et mauvais, feront toujours partie intégrante de ce qu’ils sont. Ils se heurteront à des difficultés considérables, même s’ils connaissent un peu de français, d’anglais ou d’allemand.

Il y a un mois environ, je suis allée voir, ici dans notre petit théâtre de Conches, une pièce intitulée « Un fou noir au pays des Blancs », avec Pie Tsibanda, qui nous a raconté de façon divertissante comment et pourquoi il a fui le Cameroun pour se rendre en Belgique. On l’a surnommé « le fou noir » parce que, quand il est arrivé dans un village de la partie francophone de la Belgique, il a pris une chaise, l’a placée au milieu de la place du village et s’est assis, pour que les habitants s’approchent de lui, lui parlent et se présentent, mais évidemment, personne ne l’a fait. Cela ne se fait pas ici. Malgré ça, il a fait une très belle carrière en Belgique et a fait venir toute sa famille, qui semble s’être bien adaptée au mode de vie européen.

Pour en revenir à nos migrants, il ne sera pas facile d’en faire autant pour la grande majorité d’entre eux. Ce sera une entreprise de longue haleine pour eux, pour nous, pour l’Europe, et nous devons espérer, pour eux et pour nous aussi bien sûr, qu’ils réussiront leur renaissance ici. Est-ce que ce sera pour eux un monde meilleur que celui qu’ils ont quitté ? Cela reste à voir.

Alors, tant pour mon petit cousin que pour les migrants, à l’instar du phénix mythique qui renaît de ses cendres, toute mort va de pair avec une renaissance ailleurs. Repose en Paix, Tom.

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